Recherche en cours

Quantifier l'importance des interactions entre les processus écologiques et évolutifs est essentiel afin de comprendre comment les espèces persisteront face aux changements globaux causés par l'activité humaine. En utilisant des suivis longitudinaux d'animaux marqués - pour lesquels nous connaissons en détail l'histoire de vie de la naissance à la mort - et de nouvelles approches statistiques, il est désormais possible d'évaluer la contribution relative de différents processus biologiques tels que le climat, la densité de population et le phénotype sur la dynamique d'une population. L’objectif général de notre programme de recherche vise donc à comprendre comment la variation environnementale (de source naturelle ou anthropique) peut mener à des changements dans le comportement, l'histoire de vie et l'écologie des populations sauvages et à évaluer si ces changements ont des conséquences sur la dynamique écologique et évolutive de ces populations. Pour ce faire, nous utilisons trois principaux systèmes modèles, les mouflons d’Amérique, les ratons laveurs et les Hirondelle bicolore.

logo

Mouflon d’Amérique (Ovis canadensis)

L’étude de Ram Mountain a débuté en 1971. Au cours des 40 dernières années, plus de mille mouflons ont été suivis de la naissance à la mort. La recherche sur cette aire d’étude a contribué substantiellement à la gestion des populations de mouflons. Cette étude s’inscrit aussi dans un contexte plus large, ailleurs en Alberta mais aussi en Europe, visant à suivre des populations marquées d’animaux sauvages pour lesquelles de l’information sur l’histoire de vie est disponible pour des centaines d’individus.  Plus récemment, des nouveaux aspects ont été inclus, tels que le suivi du succès reproducteur des mâles grâce à la génétique, offrant une opportunité unique d’étudier les conséquences de la chasse sur les populations sauvages.

Ram Mountain (52°N, 115°W) est un site isolé, situé à environ 30 km à l’est de la chaine principale des Rocheuses Canadiennes (Alberta). L’habitat utilisé par le mouflon est d’environ 38 km2 et est situé entre 1700 et 2200 mètres d’altitude. Le paysage est caractérisé par de la végétation subalpine et alpine. Le climat de Ram Mountain est difficile et imprévisible. Le couvert nival persiste généralement de novembre à mars, mais des tempêtes de neiges ont été documentées pour tous les mois de l’année. Le camp est généralement ouvert de la fin mai à la fin septembre. Pendant cette période, notre travail consiste à recenser et capturer les mouflons. Nous capturons les mouflons dans une trappe ‘corral’ appâtée avec du sel. Lors des captures, les animaux sont pesés et mesurés. Ces recensements réguliers, ainsi que les captures, nous permettent d’obtenir des données détaillées sur la taille de la population et sa composition ainsi que sur la survie, les changements en masse, la croissance des cornes et la reproduction d’animaux marqués. Ram Mountain est une des rares études où des mesures répétées sur les mêmes individus sont récoltées à l’intérieur d’une saison. Ce type de données nous permet de suivre les patrons de croissance pendant l’ontogénie, d'étudier le développement du dimorphisme sexuel et d'évaluer les conséquences de la variation environnementale sur ces processus.

Collaborateurs sur ce projet : Marco Festa-Bianchet and David Coltman

 

Raton laveur (Procyon lotor)

L’objectif général de ce projet de recherche est d’évaluer le potentiel de propagation de la rage du raton laveur dans l’Est du Canada, par une approche multidisciplinaire intégrant l’écologie spatiale, la génétique du paysage, l’écologie comportementale et la dynamique des populations. Bien que des études aient été effectuées sur la biologie du raton laveur et de la moufette, aucune n’a suivi à long terme la survie, l’émigration et la reproduction d’individus marqués. Pourtant, les paramètres démographiques des espèces hôtes sont à la base des modèles épidémiologiques visant à prédire le potentiel d’expansion de la maladie. L’acquisition de connaissances sur la dynamique démographique et comportementale des animaux sauvages considérés comme des réservoirs de la rage est donc essentielle afin de prévenir une épizootie de cette maladie. En particulier, des connaissances sur la dynamique des déplacements du raton laveur et de la moufette rayée, combinées à l’identification des barrières naturelles à la dispersion et au flux génique, sont essentielles à l’élaboration d’une stratégie de lutte efficace contre la rage du raton laveur.

Nos travaux de terrain se dérouleront principalement dans le sud du Québec, où tous les cas de rage de la province ont été répertoriés. Cette recherche combine deux suivis longitudinaux, un à l’échelle du sud du Québec et un ciblant une population d’individus marqués au Parc national du Mont Orford (45°21N, 72°13W). Les animaux seront capturés à l’aide de cages Havahart appâtées avec des sardines. Suite à une capture, l’animal est immobilisé chimiquement et ensuite marqué à l’aide d’une puce électronique et d’une étiquette apposée à chaque oreille. Des données sur le sexe, la masse et la taille corporelle des individus sont récoltées lors de chacune des captures. De plus, une biopsie de peau d’oreille est aussi récoltée pour les analyses génétiques afin de reconstruire le pedigree de la population du parc du Mont Orford.

Collaborateurs sur ce projet : Dany Garant, Julien Mainguy et Daniel Fortin

Reportage "Des ratons sous surveillance" - Campus, Saison 5, Émission 43, Reportage 5

 

 

Hirondelle bicolore (Tachycineta bicolor)

Un groupe d'oiseaux champêtres particulièrement à risque face à l'intensification agricole est celui des insectivores aériens, majoritairement représentés par les hirondelles. Par contre, il y a un manque flagrant de connaissances sur les mécanismes par lesquels l'agriculture affecte l'aptitude phénotypique et les traits d'histoire de vie des individus, et par le fait même, la structure et la dynamique des populations. L’objectif général de ce projet de recherche est d’identifier les facteurs affectant la viabilité des populations d’oiseaux insectivores aériens dans les paysages agricoles.

L’Hirondelle bicolore est répandue dans le Sud du Québec et comporte l'avantage qu'elle colonise rapidement les nichoirs mis à sa disposition pour s'y reproduire. La population d'Hirondelle bicolore à l'étude évolue au sein d'un réseau de 400 nichoirs répartis également dans 40 fermes, lesquelles sont distribuées le long d'un gradient d'intensification agricole couvrant une superficie de ~10 200 km2 dans le Sud du Québec. En plus du fait que les nichoirs soient répartis sur une échelle spatiale de beaucoup supérieure à celles que l'on retrouve dans la plupart des études à long terme, ceux-ci couvrent une gamme de paysages contrastés, allant de zones agricoles extensives (constituées d’une mosaïque de fermes laitières et de boisés; zone considérée de meilleure qualité dû à un succès de reproduction plus élevé et une meilleure croissance des oisillons) à des zones agricoles intensives (composées de vastes monocultures annuelles – maïs, soya, etc.). Chaque année, tous les oiseaux utilisant les nichoirs sont capturés, sexés (adultes via morphologie et oisillons via ADN), âgés, mesurés et bagués et voient leur charge parasitaire en mites estimée. Entre 2004 et 2013 (10 ans), près de 10000 individus, dont plus de la moitié en tant qu'oisillons, ont déjà été bagués et le taux d’occupation annuel des nichoirs est d’environ 50%. Cette étude offre donc une occasion unique d’identifier les facteurs et les mécanismes affectant le succès reproducteur, la survie et ultimement le déclin des populations sauvages d’oiseaux champêtres à l’échelle du paysage.

Collaborateurs sur ce projet : Marc Bélisle et Dany Garant

 

 

Ours brun (Ursus arctos) scandinave

Les conséquences de la chasse sur les populations animales sauvages sont multiples et vont au-delà de la diminution de l’abondance d’une population. On reconnaît de plus en plus les conséquences indirectes de la chasse sur l’écologie et l’évolution des populations animales sauvages. Par exemple, en retirant préférentiellement de la population les individus possédant des phénotypes particuliers, la sélection artificielle peut mener à des changements évolutifs au sein des populations chassées. Notre groupe de recherche s’intéresse ainsi à l’étude des conséquences directes et indirectes de la chasse sur la démographie, l’histoire de vie, l’écologie comportementale et l’évolution des traits phénotypiques au sein d’une population fortement chassée d’ours brun en Scandinavie. Pour ce faire, notre groupe collabore avec le Scandinavian Brown Bear Project (SBBP).

Depuis 1984, le SBBP opère un suivi longitudinal à long-terme de la population suédoise d’ours bruns. Le but du SBBP est de récolter des informations sur la distribution, les mouvements individuels, l’écologie et la démographie de cette population afin de fournir les connaissances et les outils nécessaires à la bonne gestion de l’ours brun scandinave. Chaque printemps, des ours sont capturés et des mesures morphométriques sont récoltées. Les ours sont également équipés de colliers VHF/GPS-GSM qui permettent la relocalisation des individus tout au long de l’année et le suivi du statut reproducteur des femelles. De plus, les chasseurs suédois sont tenus selon la loi de rapporter toute prise d’ours aux autorités locales. Ainsi, il est possible d’évaluer le taux de mortalité à la chasse et son importance sur la dynamique de la population. Le suivi à long-terme réalisé par le SBBP, combiné au haut niveau d’intensité de la chasse au sein de cette population, représente une opportunité unique d’évaluer les effets directs et indirects de la chasse sur l’écologie et l’évolution d’un grand carnivore sauvage.

Collaborateurs sur ce projet : Andreas Zedrosser et Jon Swenson

 

Home/Accueil Research/Recherche Personnel Publications Links/Liens
         

Haut de la page

     

Département de biologie, Faculté des Sciences Université de Sherbrooke, 2500 boul. de l'Université, Sherbrooke, QC, J1K 2R1